Nelly Wandji : « Ma galerie est un point de connexion au marché international »

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Propriétaire de la galerie éponyme à Paris, Nelly Wandji présentera les œuvres de plusieurs artistes africains, dont 5 artistes camerounais, lors de la biennale internationale « Révélations » qui se tiendra au Grand Palais à Paris du 23 au 26 mai 2019. La biennale accueillera, de façon inédite, plusieurs pays africains dont, l’Afrique du Sud, le Cameroun, le Sénégal et le Togo.

Africanshapers : quel est votre parcours académique et professionnel  ?

Nelly Wandji : j’ai une formation initiale en commerce international, avec une spécialisation en marketing et management du luxe. Mes expériences professionnelles ont été acquises principalement dans les industries créatives (cosmétiques, Parfums, Horlogerie, Joaillerie, Mode), puis culturelles avec l’Afrique notamment depuis quelques années. Ma profession est le conseil et l’accompagnement des entreprises en développement international, métier que j’ai pratiqué quelques années dans un grand groupe de luxe sur une zone géographique d’environ 6 pays et 42 points de vente. Spécialisée en distribution sélective, mon atout majeur est de concevoir des stratégies pour introduire les produits à haute valeur ajoutée sur des marchés codifiés afin que ceux-ci deviennent des acquisitions de clients exigeants, connaisseurs, collectionneurs à l’affût de la rareté et de l’exceptionnel.

Qu’est-ce qui vous a poussée à créer votre galerie et quelles sont les activités qui y sont organisées? Quelle est la particularité de cette galerie  ?

En observant et en analysant le potentiel des industries créatives en Afrique, il me semblait important de confronter la production africaine au marché international pour réellement mesurer le potentiel de l’Afrique sur ces secteurs. L’absence de réseau de distribution clair et fiable pour la production africaine est aujourd’hui le principal frein à sa croissance. Une galerie s’est alors imposée nécessaire pour aller au contact du client, présenter les produits et apprécier les retours du marché.

A la galerie, nous nous activons à exposer des talents et à lancer de nouvelles marques ainsi que de nouveaux produits : c’est un lieu de découverte, de partage et d’acquisition de belles créations d’Afrique.

Ponctuellement, nous organisons des rencontres sur des sujets d’actualité du secteur pour échanger et partager les connaissances et les «  best practice  » avec notre réseau professionnel. Cette galerie est particulière ; car elle intègre un cabinet de curiosités qui est un laboratoire de test des marques africaines. Ce laboratoire offre aux parisiens une sélection de produits africains réalisés en petites séries sur le continent et aux fabricants une opportunité de confronter leur offre sur un marché extrêmement exigent et codifié.

Nous aspirons à tirer la qualité africaine vers le haut et surtout affirmer une forme de singularité sur le marché international, nous évitons donc dans la sélection, les objets trop communs et optons pour des signatures originales et uniques.

Comment évaluez-vous l’évolution de votre Galerie depuis sa création jusqu’aujourd’hui ? Quelles sont vos plus belles réalisations ?

Nous sommes basées rue du faubourg Saint Honoré dans le 8eme arrondissement de Paris depuis un peu plus de 2 ans et avons créé dans le quartier un réseau de clients et partenaires. Désormais à Paris, nous sommes une adresse de référence pour la découverte de l’Afrique contemporaine, du luxe et à la pointe de l’innovation dans les industries créatives et culturelles. Nous sommes de plus en plus sollicités pour notre expérience à co-organiser des rencontres parisiennes autour de l’Afrique créative. Notre plus grande réalisation est de faire rayonner dans ce quartier, épicentre parisien de la création africaine, avec des œuvres qui subliment l’héritage culturel local ainsi que les savoir-faire millénaires qui tendent à disparaître.

Le Cameroun et l’art africain seront à l’honneur à Paris, lors de la biennale internationale « Métiers d’arts et création 2019 ». Pourriez-vous nous rappeler qui sont les artistes africains invités et pourquoi les avoir choisis particulièrement  ?

Cette biennale qui est une de référence dans les métiers d’art accueillera, de façon inédite, plusieurs pays africains dont, l’Afrique du Sud, le Cameroun, le Sénégal et le Togo. Pour le Cameroun, 5 artistes sont conviées à présenter une dizaine d’œuvres : Barthélémy Toguo, artiste mondialement reconnu pour sa signature et son engagement présentera une sculpture en bronze ; Gabriel Tegneto, artiste sculpteur sur bois avec un travail singulier qui rend hommage aux chefferies proposera une pièce de son atelier ; Gilbert Ouembe, menuisier métallique en charge de ce pôle à la fondation Jean-Félicien Gacha, valorisera les savoir-faire de la fondation ; Beya Gille Gacha, artiste spécialiste du perlage et des sculptures très réalistes à taille humaine prépare une belle surprise à découvrir sur le salon ; Edith Tialeu, entrepreneure et directrice artistique d’une jeune marque camerounaise, présentera sa collaboration avec une école de céramique camerounaise.

Quelles sont vos attentes par rapport à cette biennale  ?

Véritable épicentre mondial des métiers d’art, la biennale internationale métiers d’arts et de création, rassemble plus 12 000 professionnels du secteur (artistes, collectionneurs, architectes, décorateurs, galeristes, fabricants de produits de luxe, médias. etc.), de plus de 33 pays à travers le monde. Entre l’exposition et la conférence, nous aurons l’opportunité de créer un dialogue entre les artistes, professionnels et collectionneurs et ainsi mieux sensibiliser au secteur des métiers d’art en Afrique. Nous engagerons des interactions avec les 40 000 visiteurs, qui vont visiter le salon sur les 4 jours d’expositions, de conférences, de projections de films et d’ateliers divers. Et grâce à ces rencontres acquérir de nouveaux clients et collectionneurs que nous pourrons également orienter vers la galerie.

La biennale, à travers une conférence, abordera la question des enjeux de transmission des savoir-faire en Afrique ainsi que de l’accompagnement et du développement économique des ateliers d’art africain. Quelle est votre lecture de ces deux questions  ?

Le symposium du vendredi 24 mai sera l’occasion de s’interroger sur les actions à optimiser pour préserver les savoir-faire en Afrique et capitaliser sur les opportunités qu’ils offrent en termes d’innovation, de création de valeur sociale, économique et intellectuelle. La première table ronde opposera la vision, d’artistes, artisans et curateurs et la seconde sera un regard croisé entre plusieurs pays d’Afrique qui entreprennent dans ces secteurs pour créer de la valeur locale.

Pour ma part, les industries créatives et culturelles offrent de vrais atouts de développement inclusif au continent tout entier. Les métiers d’art notamment sont très singuliers et appréciés comme le témoigne l’héritage qui est encore aujourd’hui la matière principale d’expositions de plusieurs musées dans le monde. La capacité d’innovation d’un pays se mesure aussi aux nombres d’initiatives qui permettent de transformer la matière grâce à l’œuvre de l’esprit et au savoir-faire manuel et ou technologique. Si on observe, dans la majorité des pays africains, nous avons développé très peu d’avantages comparatifs, nous enregistrons très peu de brevets, créons très peu de marques ou de concepts et avons tendance à plus importer les concepts qu’à concevoir pour nos contextes.

Développer davantage les métiers d’art va permettre de stimuler notre créativité et alimenter notre capacité d’innovation. Si nous réussissons à faire de l’enseignement des métiers d’art une priorité, nous réussirons à optimiser notre capacité à transformer les matières premières et à créer davantage de valeur que nous pourrons ensuite échanger en de meilleurs termes avec le reste du monde. Il est donc capital pour nous de recentrer les actions de formations, les orientations scolaires vers des métiers d’art et de la création, pour garantir l’employabilité des jeunes qui représentent plus de 60% de la population et garantir aussi que nos techniques se modernisent, évoluent, se perpétuent et s’exportent à travers notre production et notre vision de l’avenir du monde.

Comment analysez-vous le secteur de la mode en Afrique aujourd’hui  ? Quels sont les enjeux et les défis ?

Le secteur de la mode dans certains pays d’Afrique souffre d’une absence de professionnalisation et d’une méconnaissance totale du potentiel de création de richesse. La filière n’est pas intégrée verticalement et dépend cruellement des importations d’où une pauvre création de richesse locale. Malgré la grande créativité des entrepreneurs du secteur, le passage à l’industrie n’est pas opéré car les infrastructures ne sont pas en place, les talents nécessaires ne sont pas formés et les compétences disponibles sur place manquent cruellement de moyens financiers pour passer à l’action.La consommation est certes très accrue mais la production peine à s’affirmer.

Pour que le secteur atteigne son potentiel optimal, il faudra sérieusement investir dans les infrastructures pour augmenter la capacité de transformation des étapes de la chaîne de valeur  : du traitement de la fibre de coton, à la conception et à la confection de pièces de prêt-à-porter pour le plus grand nombre de consommateurs. Et pour consolider ces investissements, mettre en place des programmes de formations pour créer des vocations et des professions, des programmes d’accompagnement pour accélérer les projets plus ou moins matures et enfin des plans commerciaux pour attaquer les marchés locaux et internationaux. Aujourd’hui, les opportunités qu’offre ce secteur sont surtout dans le haut de gamme. Les savoir-faire d’artisans sont prisés par une cliente très exigeante mais le coût d’acquisition de ces derniers nécessite une maîtrise du marketing et du commerce à l’international et surtout de vrais investissements sur le moyen long terme pour bâtir des marques singulières, uniques reconnues mondialement pour un savoir -faire d’exception.

Quelles sont vos motivations quotidiennes dans la réalisation de vos objectifs ?

Au quotidien, j’aspire à inspirer une nouvelle narrative de l’Afrique, celle écrite par nous africains qui rêvons d’un avenir plus valorisant de notre culture et de notre singularité  ; celle qui célèbre notre patrimoine, notre héritage et restaure notre image de marque et nos valeurs dans le monde. Chaque exposition, chaque créateur, chaque marque, chaque objet est la promesse de cette nouvelle Afrique  : jeune, dynamique, créative, innovante, entreprenante, prospère et déterminée à prendre sa place sur la carte du monde, pas pour servir les autres et leur vision mais pour célébrer notre excellence.

Quels sont vos projets pour votre Galerie ?

La galerie est un point de connexion au marché international, qui a pour principal objectif de donner l’accès aux marchés internationaux. Nous avons plusieurs projets d’expositions/présentation en cours. Le public se référer à notre agenda ou notre newsletter pour être mis à jour de l’actualité. Toutefois, à moyen terme, cette connexion aux marchés internationaux peut évoluer, se transformer et/ou se multiplier. L’objectif absolu derrière tous mes projets est de bâtir un cercle vertueux qui accompagne la professionnalisation, donne accès aux marchés et créé des opportunités pour les milliers de jeunes africains qui n’ont pas de métiers, d’aspirations et qui pourraient s’épanouir dans les métiers liés aux industries créatives.

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Patrick Ndungidi
Journaliste et Storyteller
https://africanshapers.com

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