5 personnalités africaines lauréates du prix franco-allemand des droits de l’Homme et de l’État de droit

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La liste des 15 lauréats a été annoncée le mercredi 21 novembre par Jean-Yves Le Drian, ministre français de l’Europe et des affaires étrangères, et son homologue allemand, Heiko Maas.

Depuis 2016, le prix est décerné chaque année à des personnalités qui ont contribué, de façon exceptionnelle, à la protection et à la promotion des droits de l’Homme et de l’État de droit dans leur pays et au niveau international. Les deux ministres ont fait savoir qu’au moment où le monde entier célèbre cette année le 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, la France et l’Allemagne rendent hommage à 15 personnalités qui défendent courageusement les droits de l’Homme partout dans le monde. « À travers eux, nos deux pays honorent l’ensemble des défenseurs des droits dont l’action est trop souvent ignorée et entravée, et expriment leur gratitude et leur reconnaissance à tous ceux qui œuvrent au quotidien pour que cette déclaration ne reste pas lettre morte », ont-ils fait savoir.

Les 5 lauréats africains de l’édition 2018 du prix franco-allemand des droits de l’Homme et de l’État de droit sont :

Mekfoula Mint Brahim (Mauritanie)

Célèbre scientifique, activiste et militante des droits de l’homme qui fait progresser la cause des femmes et condamne l’extrémisme religieux. Elle est la fondatrice de l’association pour une Mauritanie verte et démocratique. Elle critique surtout la forte entrée du wahhabisme en Mauritanie et les changements rapides qu’elle entraîne, en particulier dans la vie des femmes.

Mekfoula Mint Brahim est née à la fin des années 1960 dans la ville d’Atar, située dans la région de l’Adrar en Mauritanie. Elle ne connaît pas elle-même son année de naissance. « Je ne connais pas la date de naissance, car mes parents ne savaient pas lire. Je pense que je suis né à la fin des années 60, 68 ou 69 ». La militante, qui serait donc âgée de près de 50 ans, appartient à la tribu des guerriers « Awlad Ghaylan ».

Mère d’un fils unique, elle a divorcé 4 fois. Ses parents ont divorcé alors qu’elle était enfant. Avant dernière dans sa famille, elle a 3 frères et 3 soeurs, nés de la même mère et du même père ainsi que 7 frères et sœurs issus des mariages ultérieurs de son père et une soeur d’un mariage ultérieur de sa mère. Après le divorce de ses parents, elle a habité à Zouerat avec sa mère qui s’est remariée et plus tard dans la ville de Nouadhibou pour vivre avec ses soeurs et l’un de ses frères, qui était rentré en Mauritanie après des études en France.

© Sofia Moro

À Nouadhibou, Mekfoula Mint Brahim a étudié jusqu’en 1989, année où elle a obtenu son bac. Par la suite, elle s’est rendue en Algérie pour étudier la biologie. Elle y a vécu jusqu’en 1993, avant de rentrer en Mauritanie après avoir terminé ses études.

En 1994, à l’âge de 26 ans, elle s’est mariée pour la première fois, durant sept mois. La même année, elle a commencé à travailler à la Société nationale industrielle et minière en Mauritanie, où elle a passé 10 ans, avant de démissionner. « Je n’ai pas accepté cette vie, je travaillais toute la journée. À ce moment-là, je m’interrogeais déjà sur de nombreuses questions concernant nos coutumes et notre façon de vivre ».

© Sofia Moro

En 2000, Mekfoula Mint Brahim s’est remariée et a déménagé à Nouakchott. L’année suivante, elle a donné naissance à son fils unique. Elle est restée 9 ans avec le père de son fils. Être mère d’un seul enfant n’est pas bien vu en Mauritanie, explique-t-elle. Mais, pour  Mekfoula Mint Brahim, c’était la meilleure chose à faire , car, a-t-elle expliqué lors d’une interview, elle s’était engagée dans beaucoup de choses et n’avait pas beaucoup de temps. Entre 2004 et 2006, Mekfoula Mint Brahim s’installe avec son mari en Chine, où ce dernier s’était expatrié pour des raisons professionnelles. C’est en Chine qu’elle a eu son premier contact avec Internet et qu’elle a commencé à écrire sur un site Web qu’elle ouvert sous un pseudonyme, car elle ne pouvait pas s’exprimer ouvertement. En 2006, elle retourne en Mauritanie et continue à rédiger dans l’anonymat. En 2009, un ami lui a recommandé de se faire connaître et de faire partie de la société civile, insistant pour qu’elle crée une organisation et dise ce qu’elle pensait, de manière légale.

Ainsi, la même année, elle a fondé l’association pour une Mauritanie verte et démocratique.

Vuyiseka Dubula-Majola (Afrique du Sud)

Depuis décembre 2017, elle est la directrice du Centre africain pour la gestion du VIH / sida de l’Université de Stellenbosch en Afrique du Sud. Depuis longtemps, elle est une militante des questions de santé et d’égalité des sexes. Née dans la ville rurale d’Idutywa, dans l’est du Cap, elle est titulaire d’un B.A. en sciences de la santé et services sociaux: Psychologie de l’Université d’Afrique du Sud, obtenu en 2008.

En 2011, elle a terminé son Master en gestion du VIH de l’Université de Stellenbosch. Elle a également passé trois mois, en tant que chercheuse invitée, à étudier la recherche en sciences sociales dans le cadre d’un programme de maîtrise à l’Université du Sussex .

Elle prépare actuellement un doctorat à l’Université du KwaZulu-Natal, axée sur les politiques relatives au VIH et l’administration de la santé publique.

Vuyiseka Dubula-Majola a rejoint le mouvement de lutte contre le VIH à l’âge de 22 ans, après avoir été diagnostiquée séropositive en 2001. Elle vit ouvertement avec le VIH depuis 17 ans et suit un traitement antirétroviral depuis 15 ans.

Elle est déterminée à faire en sorte que les femmes et les filles aient accès aux services de santé et vivent de manière équitable dans la société, sans violence sexuelle ou sexiste.


Photo©emiller@iafrica.com

Aminata Traoré (Côte d’Ivoire)

Artiste écrivaine, présidente de la fondation ‘’Gnitresor’’, Aminata Traoré, surnommée « Hamitraoré » a été victime de mutilation génitale à l’âge de 8 ans. Elle se sert de sa triste expérience pour sensibiliser les parents et enfants sur cette pratique avilissante et ses corollaires de maladies.

Elle est l’auteure de deux romans à savoir « Le couteau brûlant » (2012), une œuvre autobiographique qui traite du sujet de l’excision et « Cachée derrière le mur » (2016) qui traite des thèmes de la violence conjugale, du viol, de mariages précoces, demeurant ainsi dans thèmes de prédilection liées à la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants.

A travers sa fondation, elle anime des conférences en milieu scolaire autour du thème « le livre comme moyen de sensibilisation contre les violences faites aux femmes et aux enfants ». A cet effet, elle aborde des problématiques telles que l’excision, les grossesses en milieu scolaire, le viol ou encore l’importance de la scolarisation des enfants surtout des filles.

Mohamed Lotfy (Egypte)

Fondateur et directeur exécutif de l’Egyptian Commission for Rights and Freedoms – ECRF (Commission égyptienne pour les droits et libertés), une organisation qui opère dans plusieurs gouvernorats pour défendre pacifiquement les droits humains. Il était aussi chercheur pour Amnesty International. Sa femme, Amal Fathy, a été arrêtée le 11 mai pour avoir posté sur Facebook une vidéo dénonçant le harcèlement sexuel et critiquant le gouvernement égyptien pour son inaction.

Alfredo Okenve (Guinée équatoriale)

Défenseur des droits humains de longue date et militant anti-corruption, il se remet actuellement de blessures graves après une attaque survenue le 27 octobre près de Bata.

Défenseur des droits humains et militant réputé, Alfredo Okenve dénonce depuis des années, au niveau national et à l’échelon international, les pratiques bien établies que sont les violations des droits humains et la corruption dans son pays, la Guinée équatoriale. Il est l’un des vice-présidents du Centre d’études et d’initiatives pour le développement (CEID), une organisation de développement active dans le domaine des droits humains.

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Patrick Ndungidi
Journaliste et Storyteller
https://africanshapers.com

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