Barbara Kanam: «je me suis toujours proposé de promouvoir et défendre les droits des femmes»

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La chanteuse congolaise a récemment obtenu le titre de « Championne de la promotion des droits de la femme » et a également obtenu un doctorat honoris Causa de l’observatoire africain de la sanction positive et celui de femme des valeurs.

Africanshapers: quelle est l’actualité musicale et culturelle de Barbara Kanam ?

Barbara Kanam: mon prochain album est en cours de préparation, avec un featuring surprise. Je garde secrète la thématique de cet album pour le bon moment. Mais déjà, j’annonce un concert pour septembre. J’ai également quelques invitations en dehors du pays, avant de me consacrer totalement à l’album.

Le ministère du genre, de la famille et des enfants vous a décerné récemment le titre de « Championne de la promotion des droits de la femme ». En quoi consiste ce titre et qu’est ce qui a milité pour votre désignation ?

Je suis très reconnaissante au ministère congolais du genre, enfant et famille pour cette marque d’honneur en ma modeste personne, particulièrement à madame la ministre,Chantal Safou, qui a été la marraine de cette désignation. Ce ne sont pas les textes légaux en matière de droits de la femme qui manquent en RDC et dans le reste du monde. La question du genre, à ce jour, s’invite au cœur de tous les débats électoraux. Ce débat doit être relayé et amplifié pour une meilleure compréhension. Et moi, de par ma vocation de musicienne, je me suis toujours proposée pour vulgariser, promouvoir et défendre ces droits. Je voudrais remplir ce devoir vis-à-vis de la femme congolaise, la femme africaine et, au-delà des frontières continentales, partout où ces droits sont bafoués, ignorés ou mal compris. Voilà ma mission dans le cadre de mon engagement par rapport au ministère.

Comment analysez-vous la situation de la femme congolaise aujourd’hui, en matière de droits notamment et quelle manière comptez-vous vous impliquer par rapport à ces droits ?

La femme congolaise est le moteur même de l’économie congolaise qui essentiellement informelle et caractérisée surtout par la débrouillardise. Avec un taux de chômage criant, la grande majorité de ménages congolais vivent grâce aux efforts de la femme. La scolarisation des enfants, la prise en charge sanitaire, le paiement de loyer, bref le système social est pris en charge par les revenus des petits commerces tenus par les millions des femmes. Lorsqu’il faudra aller dans un système beaucoup plus formel, c’est-à-dire dans les institutions et les entreprises, on les ignore à plus de 50%. Or, parmi ces femmes qui ont accepté de porter la charge sociale et familiale, il y en a qui sont diplômées d’université et donc qualifiées autant que les hommes. En créant le ministère du genre, famille et enfant, la RDC a fait un pas énorme ces dernières années pour la promotion des droits de la femme, mais le chemin reste long. Je ne peux pas dire que je suis satisfaite, lorsqu’au nom de la rébellion, les hommes en armes violent et tuent les femmes. Depuis un certain nombre d’années, j’ai décidé de m’impliquer un peu plus activement dans les questions liées à la condition féminine et à l’enfant, à travers la Fondation Kanam, qui est le fer de lance de ma politique en la matière. J’ai effectué une visite à l’hôpital de référence de Panzi, dans l’Est de la RDC, où le Docteur Denis Mukwege soigne courageusement ces femmes. Je ne peux pas décrire ici le niveau de destruction de la gente féminine que j’ai vu. Avec la Fondation Kanam que je dirige, j’œuvre pour l’amélioration des conditions de vie de la femme, ainsi qu’en faveur de son autonomisation. Pour moi le respect de ces droits est un leitmotiv.

Vous avez également obtenu un doctorat honoris Causa de l’observatoire africain de la sanction positive et celui de femme des valeurs. Qu’est-ce qui vous a valu ce Doctorat ?

Je suis restée égale à moi-même, sans me sentir au-dessus des autres. Au contraire, je me suis sentie confortée davantage dans mes responsabilités en tant qu’artiste musicienne, ambassadrice culturelle de mon cher et beau pays, la RDC. Qu’une organisation et une université étrangère me décernent une telle distinction, ne doit pas rester seulement un honneur, mais surtout un appel à beaucoup plus d’engagement. Ne pas décevoir les mélomanes qui nous ont fait confiance, ne pas trahir ceux qui ont cru en nous. Evoluer sur des valeurs sûres et les transmettre aux autres. Ça, j’en ai fait le vœu.

Candidate à la députation nationale en 2018, vous aviez déclaré souhaiter « proposer une nouvelle réflexion sur le développement, par le biais de la Culture ». Comment pensez-vous que le secteur culturel congolais pourrait devenir économiquement viable ?

Ma motivation, en tant que candidate à la députation nationale, était d’influencer notre parlement à voter des lois qui promeuvent notre culture, la protège et la rendent compétitive dans ce grand rendez-vous du donner et du recevoir. Mon combat reste la mise en place d’une politique culturelle congolaise, élaborée sur base de nos éléments identitaires. Une politique fondée sur notre authenticité. C’est cette politique qui permettrait de diversifier notre économie, en l’orientant vers le secteur culturel dans son ensemble. Cette vision, je l’ai et donc je continue à me battre pour me faire entendre et la réaliser.

En dehors de la politique ou de la députation, de quelle manière pourriez-vous également apporter votre contribution au développement du secteur culturel de la RDC ? Entrepreneuriat culturel est-il une piste de solution et de quelle manière ?

J’ai créé le label KANAMUSIC, où je revêts ma casquette de productrice, ainsi qu’un studio d’enregistrement pour produire les jeunes musiciens congolais. Pour quoi devra-t-on aller en dehors du pays pour produire notre musique ? En produisant les musiciens congolais sur place, KANAMUSIC contribue financièrement à l’assiette fiscale congolaise.

Quels sont vos projets ?

En dehors de la musique, je mûris des projets à impact social et humanitaire visible. Les premiers bénéficiaires de ces projets restent la femme et l’enfant. Avec les divers partenaires de la Fondation Kanam, nous comptons impacter positivement la femme congolaise, la revaloriser dans la société congolaise et préparer les responsables de demain, c’est-à-dire l’enfant congolais.

Bio

C’est en 1993, que Barbara Kanam commence le chant en interprétant les répertoires des grandes voix de la chanson mondiale au sein de l’orchestre « Dévotion ». Son passage au Psalmody Academy Rhema lui a permis d’améliorer sa technique vocale et d’apprendre à jouer de la guitare. Quelques mois après, elle a créé un répertoire acoustique pour une tournée appelée « One Woman Acoustic Show » en RDC ainsi qu’en Afrique du Sud dans les années 95. En 1998, Elle rencontre Alpha Blondy et Koné Dodo lors d’un concert à Abidjan en Côte d’Ivoire. Cett e rencontre donnera naissance à son premier album « Mokili » en 1999; après des brillantes études en commerce international. Ensuite s’en est suivi l’album « Teti » en 2003, qui l’a propulsé sur la scène internationale.

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Patrick Ndungidi
Journaliste et Storyteller
https://africanshapers.com

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