Interview. Jean-Claude Maswana : « le thème de la TICAD7 résume les leçons que l’Afrique devrait apprendre de l’Asie»

Interview News

Expert intervenant à la 7ème Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (Ticad7), qui se tient à Yokohama au Japon du 28 au 30 août, Jean-Claude Maswana, originaire de la RDC, est professeur d’économie à l’université Ritsumeikan à Kyoto, l’une des meilleurs universités de l’Ouest du Japon. Il est également professeur associé d’économie à la Graduate School of Business Sciences de l’université de Tsukuba, au Japon.

Africanshapers : quelle est l’importance d’un événement comme le TICAD  ?

Jean-Claude Maswana : c’est un forum qui essaie d’attirer l’attention des acteurs internationaux du développement sur les questions pressantes du développement africain, avec un accent sur l’expérience propre du Japon ainsi que sa perspective et son apport spécifique. La TICAD revêt aussi une importance particulière du fait que ce forum permet aux entreprises japonaises de mieux connaître les opportunités d’investissements qu’offrent les différents marchés nationaux africains ainsi que la meilleure façon d’y investir, avec ou sans la participation du gouvernement japonais.

Ticad7 a pour thème «  Faire avancer le développement en Afrique par les personnes, les technologies et l’innovation ». Pourquoi le choix de ce thème  ?

Ce thème résume à la fois les atouts particuliers du Japon (par rapport à l’alternative du partenariat qu’offre son voisin la Chine à l’Afrique), à savoir la technologie et l’innovation, ainsi que celui de l’Afrique (l’avantage démographique). C’est une reconnaissance que l’Afrique de l’avenir passe par une amélioration de la capacité en matière d’innovation technologique de ses fils et filles. Pour toute personne ayant une connaissance suffisante des vrais ingrédients derrière le succès des pays émergents d’Asie, il est clair que ce thème résume parfaitement les leçons que l’Afrique devrait apprendre de l’Asie. Clairement, le Japon n’insiste pas sur le montant ou volume d’aide, mais plutôt sur la capacité du peuple africain à innover, à créer les outils technologiques susceptibles de résoudre ses défis du développement.

Quel bilan pourriez-vous faire des précédentes éditions de TICAD. Quel est l’impact sur les économies africaines  ?

L’impact et le bilan des engagements précédents sont difficiles à établir, en partie du fait de la difficulté de dissocier l’aide japonaise liée a la TICAD et celle qui devrait naturellement se faire sans TICAD. En outre, l’autre difficulté résulte du fait que certains des engagements étaient liés aux opportunités d’affaires à identifier en Afrique par les entreprises privées japonaises. Qu’à cela ne tienne, à ne s’en tenir qu’aux discours officiels de part et d’autre, les engagements semblent avoir été relativement tenus.

La conférence rassemble un pays d’Asie, le Japon, avec 54 pays africains aux économies et aux attentes parfois différentes. Quels sont les points de convergence entre les économies de tous ces pays  ?

Il faut tout d’abord souligner que bien qu’initié et influencé par le Japon, la TICAD est, en réalité, un cadre de dialogue co-organisé par le Japon, la Banque Mondiale, le programme des Nations Unies pour le développement, l’Union Africaine, ainsi que d’autres partenaires internationaux. Pour revenir à votre question, le point de convergence des pays africains qui y participent est notamment le fait qu’ils sont tous des pays «  en développement  », avec, bien sûr, des niveaux variés de pauvreté. Sur le plan strictement de l’économie mondiale, on peut aussi constater,par exemple, que tous ces pays africains, voient leur part dans l’économie mondiale (en PIB) diminuer.

Quel est aujourd’hui l’état des lieux des relations économiques entre le Japon et les deux Congo ?

Sur le commerce bilatéral entre la république du Congo et le Japon, il faut noter que les exportations du Congo vers le Japon équivalaient à 4 millions usd en 2010 et 1.5 millions en 2017. Les importations du Congo en provenance du Japon, par contre, oscillaient autour de 11 millions en 2010 et 3.6 millions en 2017, selon les statistiques de la CNUCED. Quant à la RDC, les exportations de cette dernière vers le Japon s’élevaient à 844 millions de $ en 2010 et 3.7 milliards en 2017. Les importations de la RDC en provenance du Japon, par contre, avoisinaient 3.1 milliards en 2010 et 3.6 milliards en 2017, selon les statistiques de la CNUCED.

Les autorités japonaises misent beaucoup plus sur le renforcement de l’assistance technique et moins sur l’aide publique au développement. Dans quels domaines le Japon apporte-t-il cette assistance technique en Afrique et pourquoi ?

Il y a de plus en plus un accent du cote de l’éducation et de la formation  ; ce qui se résume sous le concept de «  renforcement des capacités  ».

Quels sont les enjeux et les défis des relations économiques entre le Japon et les pays africains aujourd’hui ?

Le défi majeur reste le climat des affaires et les enjeux peuvent se résumer en deux réalités, à savoir la Chine et son corollaire, l’accès aux matières premières.

Quelles sont, selon vous, les perspectives des relations entre le Japon et les pays africains, particulièrement les deux Congo ?

De par la dotation en ressources naturelles et le rôle de nos pays en matière environnementale, ainsi que leurs places respectives dans le commerce international, les perspectives des relations entre le Japon et les deux Congo s’annoncent bonnes. Il faut surtout souligner, que malgré le niveau bas du commerce bilatéral entre la République du Congo et le Japon, contrairement au commerce RDC-Japon, il s’observe un regain d’intérêt du secteur privé japonais vers la République du Congo, avec des visites annoncées des hommes d’affaires japonais. Ceci est largement dû à une activité du marketing des opportunités d’investissements au Congo, entreprise par la représentation diplomatique du Congo au Japon.

En outre, avec la TICAD 7, on observe la présence d’un grand nombre d’entreprises japonaises qui manifestent un intérêt pour le marché africain. D’après ce que j’observe sur place, nos deux pays sont bien positionnés pour de nouveaux partenariats, dont la matérialisation en investissements productifs ne dépendra que des actions claires du côté de nos gouvernements dans le sens de l’amélioration du climat des affaires.

Patrick Ndungidi
Journaliste et Storyteller
https://africanshapers.com

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *