Kamala Ibrahim Ishag ,Bill Kouélany et Mariam Kamara ont reçu le Prix Prince Claus

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Ces prix ont été décernés à 7 personnalités le mercredi 4 décembre, en présence du Prince Constantijn des Pays-Bas , au cours d’une cérémonie au Palais royal d’Amsterdam. Ces personnalités ont été récompensées pour leurs réalisations exceptionnelles dans le domaine de la culture et du développement. Les autres lauréats du prix sont l’organisation « Ambulante (Mexique), la philosophe Djamila Ribeiro (Brésil), la cinéaste Anocha Suwichakornpong
(Thaïlande) et l’écrivaine Mónica Ojeda Franco (Equateur), qui a reçu le prix « Next Generation », soutenant lkes activités de jeunes âgés de 15 à 35 ans.

Le Roi Willem-Alexander, la Reine Máxima, la Princesse Beatrix, la Princesse Laurentien et la Princesse Mabel des Pays-Bas étaient présents, ainsi que des représentants du gouvernement et des invités internationaux et néerlandais. La ministre du Commerce extérieur et de la Coopération au développement, Sigrid Kaag, a pris la parole lors de la cérémonie.

Amsterdam, 4 December 2019- HRH Prince Constantijn presented the Principal Prince Claus Award to Kamala Ibrahim Ishag (visual artist, Sudan) and presented Prince Claus Awards to Ambulante (documentary film organisation, Mexico), Mariam Kamara (architect, Niger), Bill KouŽlany (visual artist, writer, Congo-Brazzaville), Djamila Ribeiro (philosopher, Brazil), Anocha Suwichakornpong (filmmaker, Thailand), as well as the Next Generation Prince Claus Laureate M—nica Ojeda Franco (writer, Ecuador). The 2019 Prince Claus Awards Ceremony was held in the presence of members of the Dutch Royal Family at the Royal Palace Amsterdam. The programme included special performances by Djily Bagdad of YÕen a Marre (2015 Prince Claus Laureate) and singers Mahsa Vahdat and Nai Barghouti. The ceremony was moderated by international broadcast journalist Ghida Fakhry. PHOTO: PRINCE CLAUS FUND/ FRANK VAN BEEKr

Les prix Prince Claus 2019, explique-t-on, rendent hommage à des femmes remarquables qui accomplissent un travail culturel de haute qualité ayant un impact important sur la société. Leurs réalisations influencent la vie des femmes et des filles, mais profitent aussi à l’ensemble de leurs sociétés. « Travaillant et s’exprimant dans des disciplines et des contextes divers, elles offrent des exemples aux multiples facettes du rôle fondamental joué par les femmes dans le domaine de la culture et du développement », indiquent les organisateurs.

Lauréates (Biographies fournies par la La Fondation Prince Claus)

Nom :Kamala Ibrahim Ishag

Pays :Soudan

Domaine : Arts plastiques

PHOTO: PRINCE CLAUS FUND/ FRANK VAN BEEKr

Kamala Ibrahim Ishag (Omdurman, 1939) est une artiste plasticienne et une enseignante. C’est une pionnière, un catalyseur intellectuel et une source d’inspiration pour le développement de l’art moderne et contemporain au Soudan. Elle a fait partie du premier groupe de femmes diplômées de l’école des Beaux-Arts et des Arts appliqués de Khartoum (1963) avant de mener à bien des études de troisième cycle au Royal College of Fine Art à Londres (1964-66). A son retour à Khartoum, Kamala Ibrahim Ishag devient professeur à l’école des Beaux-Arts et responsable de la section peinture de l’école. A Londres, Ishag a découvert l’existentialisme, la théorie atomique, la pensée féministe et les œuvres de William Blake et de Francis Bacon qui lui inspirent des idées nouvelles sur l’expression créatrice. Voulant rompre avec les conventions locales, elle fonde en 1971 avec un groupe d’étudiantes le Crystalist Group (le groupe des Cristallistes). Leur Crystalist Manifesto (1976) présente le monde visuel comme infini et incommensurable, à l’image de la multiplicité dans un cube de cristal avec ses transparences, ses innombrables angles et ses reflets, et le fractionnement de la lumière blanche normative en une multitude de couleurs.

Dans la plupart des œuvres de Kamala Ibrahim Ishag, les femmes sont reliées entre elles, par la broderie par exemple comme dans Dinner Table, ou par des arabesques de plantes et d’encens comme dans Preparation of Incense – Zār Ceremony (1966). Inspirée par la spiritualité et le monde naturel de William Blake, elle a mené des recherches de terrain en tant qu’observatrice participante, ce qui a résulté en une série de peintures sur le rite Zār, une cérémonie liée à la guérison psychologique qui fait partie de la culture urbaine du Soudan. Plus récemment, elle s’est attachée aux relations réciproques des femmes avec les plantes, les arbres et les éléments organiques.

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Le Grand Prix Prince Claus est décerné à Kamala Ibrahim :

• pour l’originalité de ses œuvres vibrantes et envoûtantes qui incitent les spectateurs à prendre conscience des multiples niveaux de l’existence au-delà des apparences ;

• pour la profondeur de son exploration du monde féminin et l’ingéniosité dont elle fait preuve dans la création d’un art métaphysique non sexiste qui donne aux femmes une autre image d’elles-mêmes dans une société dominée par les hommes ;

• pour l’incroyable défi intellectuel qu’elle a lancé au monde artistique établi du Soudan et de nombreux pays africains et arabes, en mettant en place une approche de l’art qui affranchit l’esprit et le libère de toute démagogie ;

• pour son attachement à la libre pensée et à la libre expression de chacun, créant un terreau fertile pour l’introspection, la résistance, l’engagement social et la liberté au sein de la société soudanaise; • pour son soutien sans précédent à l’émancipation des femmes qui a conduit à une progression du rôle et des droits des femmes dans la société soudanaise ; • pour le soutien immense qu’elle a apporté à l’éducation artistique au Soudan, formant et accompagnant plusieurs générations de jeunes artistes, édifiant ainsi l’héritage durable d’un discours artistique universel et plus ouvert ;

et pour son intégrité et son attachement permanent à une pensée esthétique et une créativité innovantes en dépit du contexte répressif et de la succession de crises au Soudan depuis les années 1960.

Nom : Mariam Kamara

Pays :Niger

Domaine : Architecture

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Pour l’architecte Mariam Kamara, née à Niamey en 1980, l’architecture est un un moyen de répondre aux besoins des communautés et d’améliorer des vies. Après avoir obtenu un master en informatique et travaillé durant sept ans dans ce secteur d’activité, elle acquiert la conviction que l’architecture peut lui permettre de faire davantage pour les gens. Elle entreprend alors des études d’architecture à l’université de Washington et cofonde united4design, une équipe de projet collaboratif. A son retour au Niger, elle crée une agence d’architecture et de recherche, L’Atelier Masōmī, en 2013. « Niamey 2000 » ,achevé en 2016, est le premier projet architectural de Mariam Kamara. Il s’agit d’un ensemble d’habitations qui donne la primauté à la vie communautaire et puise son inspiration dans les villes pré-coloniales de la région construites de manière organique. Conçu pour répondre à la croissance de la population de la ville, il offre des solutions innovantes aux problèmes de densité, d’économie, d’identité et de climat. Rejetant les hautes tours préjudiciables à la constitution d’un tissu social, Mariam Kamara opte ici pour des habitations compactes de deux ou trois étages équipées de cuisines et de salles de séjour extérieures en terrasses.

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L’intimité est bien préservée mais les logements sont reliés à des zones communautaires ombragées. Mariam Kamara travaille en étroite collaboration avec des ingénieurs, des maçons et des artisans locaux afin de concilier les pratiques contemporaines avec les méthodes de construction locales et l’utilisation des matériaux de la région, en particulier les briques de terre comprimée (BTC). Fabriquées à peu de frais et sur place, les BTC retiennent la fraîcheur de l’air froid et repoussent la chaleur ; elles réduisent la consommation d’énergie et les coûts de production, et sont le reflet de l’esthétique locale. Dans ses projets, Kamara intègre des solutions durables tels que le refroidissement passif, la ventilation naturelle, la plantation extensive, les réservoirs souterrains pour recueillir l’eau de pluie et les systèmes de micro-irrigation. Pour son remarquable Marché Régional (2018), elle a créé une succession d’auvents métalliques de plusieurs couleurs, placés à différentes hauteurs. Ils améliorent la circulation de l’air et offrent d’ombre et protection thermique.

Parmi les travaux en cours actuellement, on peut citer le premier immeuble multi-étages du Niger en BTC et une promenade publique qui introduit dans un milieu urbain une interprétation contemporaine des rideaux à grain traditionnels de la campagne nigérienne. Plusieurs projets de Kamara s’intéressent aux questions d’égalité sexuelle et de laïcité dans la société musulmane du Niger. Pour l’ensemble Hikma Religious and Secular Complex (2018) Kamara associe une nouvelle mosquée et un centre d’alphabétisation avec une bibliothèque située dans l’ancienne mosquée rénovée. En combinant plusieurs établissements publics sur un seul site, elle permet aux femmes et aux hommes de communiquer plus librement tout en participant aux activités qu’ils fréquentent d’habitude séparément. Kamara a également créé une nouvelle typologie spatiale urbaine, « mobile loitering » (flânerie ambulante) qui permet aux femmes de jouir de la ville au même titre que leurs homologues masculins. En insérant des abris couverts dans des espaces non déclarés sur les routes qui mènent aux marchés, aux bureaux et aux magasins, elle a créé des lieux librement accessibles où les femmes peuvent se rencontrer ouvertement, en évitant les critiques sociétales parce qu’elles semblent vaquer aux tâches qui leur incombent.

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Le prix Prince Claus est décerné à Mariam Kamara :

• pour son formidable talent à imaginer des projets d’une grande beauté, novateurs, importants du point de vue esthétique et pratique ;

• pour la priorité qu’elle donne aux besoins humains et son utilisation d’une bonne communication avec les communautés concernées comme base pour apporter des solutions réelles aux réalités et aux aspirations spécifiques des habitants ;

• pour le caractère novateur des solutions spatiales et des matériaux qu’elle propose, trouvant un juste équilibre entre les exigences locales et les valeurs culturelles d’une part et les principes de construction responsables aux niveaux économique, social et environnemental ;

• pour ses enquêtes approfondies sur la question de l’égalité des sexes dans un contexte où l’accès aux espaces publics est limité pour les femmes ;

• pour sa démonstration de l’impact social de l’architecture et pour les changements sociaux positifs qu’elle génère en créant des bâtiments et des espaces plus démocratiques et émancipatoires d’un point de vue social et économique ;

• pour sa contribution majeure à une réflexion contemporaine sur la modernité en Afrique, redéfinissant une modernité locale basée sur l’identité et la vie des communautés, et non sur la copie de ce qui a été fait ailleurs.

Nom :Bill Kouélany

Pays : République du Congo / Congo-Brazzaville

Domaine : Arts plastiques

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Bill Kouélany, née à Brazzaville, en 1965, est artiste plasticienne, écrivaine, scénographe et une figure majeure du monde de l’art au Congo-Brazzaville. Intellectuelle de haut niveau, elle combine de manière originale et innovante la peinture, le collage, la performance, le mot écrit et parlé, l’installation et la vidéo. Immensément lucide et polyvalente, Kouélany s’intéresse à un vaste éventail de sujets. Certaines œuvres sont terriblement hardies, drôles et cinglantes comme la vidéo dans laquelle elle juxtapose le sexe et le foot. Dans d’autres œuvres, des écrits et une certaine ironie font apparaître une critique politique et sociale à plusieurs niveaux. Le travail de Kouélany est extrêmement personnel et se fonde sur des expériences vécues. Multidimensionnel et à plusieurs niveaux, il reflète souvent l’ambiguïté et l’ambivalence. Kouélany explore des thèmes tels que la perte, la douleur, les blessures, l’égalité des sexes, la solitude et les conflits, utilisant des matériaux et une technique de déchirures, de cassures, d’encollage et de couture qui font ressortir la fragilité et la vulnérabilité de l’existence.

L’étude à long terme qu’elle a mené sur la violence potentielle présente chez tous les êtres humains a abouti à des explorations intimes et critiques de la relation entre soi et les autres. Sans Titre, une vaste installation présentée à la Documenta 12 (2007) explore les conséquences de la guerre et de la violence : un mur monumental fait de briques en papier-mâché déchiré et de lambeaux, et orné de mots et d’images sur la violence et les conflits politiques. Tout cela tient par la colle et des coutures d’une grande expressivité. Deux vidéos insérées dans ce mur montrent l’impact de l’architecture et de la violence sur l’identité. En dépit du fait que Kouélany refuse formellement tout label de genre ou de race dans sa pratique artistique, on ne peut passer sous silence qu’elle a été la première femme de la région subsaharienne à être invitée à participer à la Documenta.

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En 2012, Bill  Kouélany fonde Les Ateliers Sahm, un centre d’art contemporain local, unique en son genre qui offre un lieu, du matériel et des outils aux plasticiens, rappeurs, danseurs, écrivains, photographes, acteurs, chanteurs comédiens et musiciens pour travailler, expérimenter et échanger des idées. On y trouve une bibliothèque et un club d’écriture et de lecture. Le centre s’est engagé à défendre l’égalité des sexes, ouvrant des opportunités pour les femmes notamment des allocations mensuelles pour l’achat de matériel artistique.

Amsterdam, 4 December 2019- HRH Prince Constantijn presented the Principal Prince Claus Award to Kamala Ibrahim Ishag (visual artist, Sudan) and presented Prince Claus Awards to Ambulante (documentary film organisation, Mexico), Mariam Kamara (architect, Niger), Bill KouŽlany (visual artist, writer, Congo-Brazzaville), Djamila Ribeiro (philosopher, Brazil), Anocha Suwichakornpong (filmmaker, Thailand), as well as the Next Generation Prince Claus Laureate M—nica Ojeda Franco (writer, Ecuador). The 2019 Prince Claus Awards Ceremony was held in the presence of members of the Dutch Royal Family at the Royal Palace Amsterdam. The programme included special performances by Djily Bagdad of YÕen a Marre (2015 Prince Claus Laureate) and singers Mahsa Vahdat and Nai Barghouti. The ceremony was moderated by international broadcast journalist Ghida Fakhry. PHOTO: PRINCE CLAUS FUND/ FRANK VAN BEEKr

En 2012, Bill Kouélany lance aussi La Rencontre Internationale de l’Art Contemporain (RIAC) annuelle : un mois de performances, de workshops et de séminaires animés 8 par des spécialistes internationaux sur des sujets tels que l’art vidéo, la poésie slam, la critique de cinéma et d’art, ainsi qu’un programme de résidences pour des artistes d’Afrique et du reste du monde invités à travailler avec des artistes congolais sur des thèmes spécifiques tels que « Talking body » (2018) et « Reinventing the world…at dawn crossings » (2019). Les Ateliers Sahm organisent également Bana’Arts, une série de workshops hebdomadaires sur une période de quatre mois pour accompagner des enfants vulnérables, augmentant ainsi leurs compétences et leur confiance en eux, et les aider à développer un parcours professionnel. Tous les deux ans, Kouélany s’occupe de la participation du Congo et des pays voisins au programme Off de la Biennale de Dakar. Suite à cela, de jeunes artistes sont ensuite sélectionnés pour l’exposition principale de Dak’art, ils obtiennent des résidences à l’étranger et sont invités à exposer dans d’autres pays.

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Le prix Prince Claus est décerné à Bill Kouélany :

• pour ses œuvres complexes et expressives qui critiquent la société et les politiques contemporaines, explorant avec honnêteté et intégrité des sujets difficiles et souvent extrêmement douloureux ;

• pour sa ténacité, sa persévérance et l’incontestable qualité de son travail novateur, à la fois en tant qu’artiste et dans le domaine de l’action culturelle, ceci dans un contexte dur, transformant le manque et les difficultés en potentiel et en force ;

• pour sa générosité et son engagement dynamique pour les jeunes, les encourageant, les aidant à se prendre en charge, leur offrant des lieux, des formations, un accompagnement, et créant des opportunités là où les moyens pour l’art sont limités ;

• pour sa façon de favoriser les échanges culturels et la création de liens et d’échanges entre les professionnels du monde culturel au Congo, pour avoir développé l’art de manière innovante en Afrique et partout dans le monde ;

• pour la voie qu’elle a ouverte courageusement, faisant disparaître les frontières entre les différents médias, les disciplines, les espaces et les gens, et en faisant œuvre de pionnière dans l’expansion et la mise en place de la diversité de la culture contemporaine au Congo-Brazzaville.

Patrick Ndungidi
Journaliste et Storyteller
https://africanshapers.com

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