Liberia : Leymah Gbowee, prix Nobel de la paix, rejoint la Fondation Conrad N. Hilton

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Sa nomination a été annoncée le 12 mars dernier comme l’une des deux nouvelles membres du jury du Hilton Humanitarian Prize, le plus grand prix humanitaire annuel au monde, doté de 2 millions de dollars.

L’autre nouvelle membre étant l’irakienne Zainab Salbi, fondatrice de l’association « Women for Women International », basée à Washington. Pour sa part, Leymah Gbowee est fondatrice de la Gbowee Peace Foundation Africa, basée au Liberia. Les deux personnalités , qui vont participer à la sélection des lauréats de 2019 du prix, remplacent le milliardaire et philanthrope zimbabwéen Strive Masiyiwa et la princesse Salimah Aga Khan, ambassadrice internationale de SOS Kinderdorf International, qui arrivent fin mandat.

©Chester Higgins Jr./The New York Times)

«Nous sommes honorés de la participation de Leymah Gbowee et de Zainab Salbi à ce jury. Elles représentent chacune les idéaux les plus élevés en matière de leadership, de force et de compassion dans le cadre de leur travail exceptionnel avec des filles et des femmes du monde entier. Il est impossible de surestimer la façon dont chacune d’entre elles a impacté, de manière spectaculaire, la vie de millions de personnes dans le monde. Je parle au nom de l’ensemble de la Fondation lorsque je partage mon enthousiasme à les accueillir au sein de ce jury distingué de jurés internationaux qui, ensemble, sélectionneront des organisations réalisant un travail remarquable et souligneront davantage la nécessité d’une aide humanitaire accrue dans le monde », a déclaré Peter Laugharn, président et directeur général de la Hilton Foundation.

Pour sa part, Leymah Gbowee a déclaré: «Il y a parmi nous des activistes, des organisateurs et des bâtisseurs de communautés qui cherchent chaque jour à réparer les injustices du monde. Leur esprit de sollicitude et leur travail acharné ouvrent des portes aux opportunités pour ceux qui vivent dans la pauvreté ou la douleur. Je suis très heureuse et honorée de faire partie du jury du prix humanitaire Hilton pour apporter lumière et reconnaissance à ceux qui travaillent à recalibrer le cours de l’humanité pour le meilleur ».

Parmi les récipiendaires récents du prix humanitaire Conrad N. Hilton figurent SHOFCO (Shining Hope for Communities), icddr, b et le groupe de travail sur la santé mondiale. À ce jour, 23 ONG ont été nommées lauréates du Hilton Humanitarian Prize.

L’activiste devenue prix Nobel de la Paix

En 2011, Leymah Gbowee a reçu le prix Nobel de la paix pour son leadership dans le mouvement des femmes pour la paix, qui a permis de mettre fin à la deuxième guerre civile libérienne. Elle a été co-lauréate du prix Nobel de la paix, avec Ellen Johnson Sirleaf et la yéméniteTawakkol Karman.

© CORNELIUS POPPE/AFP/Getty Images)

Activiste libérienne pour la paix, travailleuse sociale et militante des droits des femmes, elle est la fondatrice et présidente de la Gbowee Peace Foundation Africa, basée à Monrovia. Leymah Gbowee est surtout connue pour avoir dirigé un mouvement non-violent réunissant femmes chrétiennes et musulmanes dans le but de mettre fin à la guerre civile du Liberia qui a duré quatorze ans . Cette réalisation historique a ouvert la voie à l’élection de la première femme à la tête d’un État africain la présidente libérienne Ellen Johnson Sirleaf.

Âgée de 17 ans au début de la guerre civile libérienne, Leymah Gbowee a déclaré que cette guerre l’a faite passer du statut d’enfant à celui d’adulte en quelques heures. Tandis que le conflit faisait rage, elle est devenue une jeune mère et a finalement suivi une formation sociale de travailleuse et pour aider les victimes de traumatismes psychologiques pendant la guerre civile, y compris les enfants soldats.

Leader d’un mouvement de femmes

©ISSOUF SANOGO/AFP/Getty Images

Par la suite, elle est devenue membre fondatrice et coordinatrice au Liberia du réseau Femmes en consolidation de la paix (WIPNET) du réseau ouest-africain pour la consolidation de la paix (WANEP). Elle a organisé la mobilisation de ses compatriotes chrétiennes pour la paix et a ensuite collaboré avec un partenaire musulman pour former une coalition sans précédent avec des femmes musulmanes, donnant ainsi naissance au mouvement interreligieux connu sous le nom «  Women of Liberia Mass Action for Peace » (Action de masse des femmes du Liberia pour la paix), qui fonctionnait sous les auspices de WIPNET.

© ISSOUF SANOGO/AFP/Getty Images)

Nommée porte-parole de ce mouvement, elle a dirigé les femmes lors de manifestations publiques qui ont duré plusieurs semaines et qui ont augmenté pour inclure des milliers de participantes engagées. Ce mouvement de pression a contraint l’ancien président Charles Taylor à les rencontrer et à accepter de prendre part à des pourparlers de paix formels à Accra, au Ghana. Leymah Gbowee a dirigé une délégation de femmes à Accra, où elles ont exercé une pression stratégique pour faire avancer les choses. À un moment crucial où les discussions semblaient bloquées, Leymah Gbowee et près de 200 femmes formèrent une barricade humaine pour empêcher les représentants de Charles Taylor et les chefs de guerre rebelles de quitter la salle de réunion pour se nourrir ou pour toute autre raison, jusqu’à ce que les hommes parviennent à un accord de paix.

Lorsque les forces de sécurité ont tenté de l’arrêter, Leymah Gbowee a fait preuve d’une tactique remarquable en menaçant de se déshabiller – un acte qui, selon les croyances traditionnelles, aurait été une source de malédiction pour les hommes. La menace de Leymah Gbowee a fonctionné et elle s’est avérée être un tournant décisif pour le processus de paix. Quelques semaines plus tard, Charles Taylor a démissionné de la présidence et s’est exilé. Un traité de paix mandatant un gouvernement de transition a été signé.

Notoriété internationale

L’impact de Leymah sur le monde ne faisait que commencer. Elle était devenue une dirigeante mondiale invitée aux réunions de la Commission de la condition de la femme des Nations Unies et à d’autres grandes conférences internationales. En 2006, elle a cofondé le réseau de femmes pour la paix et la sécurité en Afrique (WIPSEN-A) à Accra et en a ensuite été la directrice exécutive pendant six ans. WIPSEN-A est une organisation panafricaine à but non lucratif centrée sur les femmes qui se consacre à la promotion de la participation et du leadership stratégiques des femmes à la gouvernance de la paix et de la sécurité sur le continent. Les programmes de développement du leadership de WIPSEN-A au Ghana et au Liberia ont transformé la vie de nombreuses jeunes femmes. L’histoire de Leymah Gbowee a été racontée dans le film documentaire « Pray the Devil Back to Hell » de 2008 et dans son autobiographie sortie en 2011, « Mighty Be Our Powers: How Sisterhood, Prayer and Sex Changed a Nation at War ».

Gbowee Peace Foundation Africa

En février 2012, Leymah Gbowee a lancé à Monrovia, au Liberia, une nouvelle organisation à but non lucratif, la Gbowee Peace Foundation Africa (GPFA), qui offre des possibilités de formation et de développement du leadership aux femmes, aux filles et aux jeunes. Elle siège au conseil d’administration du Nobel Women’s Initiative, de la Gbowee Peace Foundation et de la PeaceJam Foundation, et est membre du Réseau des femmes africaines leaders pour la santé de la reproduction et la planification familiale.

©Andreas Rentz/Getty Images for 100 Lives

Elle est titulaire d’une maîtrise en transformation des conflits de la Eastern Mennonite University (Harrisonburg, VA) aux USA. Elle a également reçu un doctorat en droit honoris causa de l’université Rhodes en Afrique du Sud et de l’université de l’Alberta au Canada, ainsi qu’un doctorat honoris Causa en gestion spécialisée et résolution des conflits de l’université polytechnique du Mozambique.

En 2013, elle a été nommée « Distinguished Fellow » en justice sociale, membre transnationale invitée au centre de recherche sur les femmes et, entre 2013 et 2015, elle a été résidente au Athena Center for Leadership Studies du Barnard College de l’université de Columbia (New-York). Elle est également directrice exécutive du programme Femmes, paix et sécurité de l’université de Columbia. Elle a également été commissaire-désignée de la Commission vérité et réconciliation du Liberia.

Leymah Gbowee a été honorée en tant que porte-drapeau pour la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de 2012 à Londres. Elle est mère de six enfants.

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Patrick Ndungidi
Journaliste et Storyteller
https://africanshapers.com

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