Cameroun: Lionel Tsague Zefack,26 ans, l’architecte du bambou

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Le jeune architecte est un partisan de l’utilisation des tiges naturelles de bambou pour réaliser ses projets architecturales au Cameroun.

Détenteur d’un Master en architecture de l’Institut des Beaux-Arts, à Foumban en 2018, Lionel Tsagué est le fondateur et CEO de BambusabuildersCompany. Il a réalisé  son tout premier projet de jeune architecte en 2018, un restaurant du centre de Yaoundé nommé «Boukarou Lounge», indique l’organisation internationale du bambou et du rotin (INBAR).

Boukarou Lounge

Sa première idée a été d’utiliser du bambou pour la structure du bâtiment, mais malheureusement, la compagnie d’assurance avec laquelle ils travaillaient a opposé son veto à l’idée, en raison de préoccupations concernant la réglementation. A la place du bambou, Lionel Tsague a utilisé du bois d’origine locale pour la majeure partie de la structure, et du bambou pour l’extérieur et les décorations pour créer un espace confortable qui mélange le traditionnel et le moderne.

«Boukarou Lounge» est devenu un restaurant très fréquenté par de nombreux habitants de la ville de Yaoundé.  Lionel Tsagué espère néanmoins, pour la prochaine fois, réaliser son rêve de concevoir et de construire quelque chose entièrement en bambou. Sa passion pour la construction en bambou lui a même valu un surnom parmi ses amis et collègues : « l’homme bambou», une sorte d’éloge pour le jeune architecte passionné par cette matière.

Lionel Tsague sur le site de son premier projet de bambou en 2018

Fin 2019, Lionel Tsague Zefack a pris part à une conférence internationale en Chine, organisé à l’IBR International Bamboo And Ratten Tower. Selon l’INBAR, le secteur du bambou et du rotin est estimé à 60 milliards USD par an. La Chine possède le plus grand secteur du bambou et du rotin au monde, avec une production totale estimée à 32 milliards USD par an. Au niveau mondial, la valeur du commerce international du secteur est estimée à 2,5 milliards USD annuellement. « Je n’ai pas de mots pour décrire cette expérience extraordinaire que j’ai vécue en Chine. En savoir plus sur les processus de transformation et d’utilisation du bambou a sans doute accru mon amour pour ce matériau d’exception », a déclaré le jeune architecte sur sa page Facebook.

Avantage environnemental

C’est pendant ses études que Lionel Tsagué s’est intéressé aux questions environnementales et de durabilité, indique l’INBAR, qui a ouvert son bureau régional à Yaoundé au Cameroun en 2019. En faisant des recherches, Lionel Tsagué a découvert les avantages environnementaux du bambou, plante géante super-renouvelable, cultivée localement et séquestrant le carbone. La séquestration du carbone est le processus correspondant à un stockage de carbone dans le système sol-plante et va donc atténuer les émissions de gaz à effet de serre responsable du changement climatique. Le sol agit donc comme un puits de carbone.

Lionel Tsague a été inspiré par des architectes contemporains comme Simon Velez de la Colombie et le vietnamien Vo Trong Nghia, deux principaux  acteurs en matière d’utilisation du bambou en architecture. Pour Vo Trong Nghia, le bambou “remplacera d’autres matériaux” en architecture, car il est « l’acier vert du XXIe siècle».

Ainsi, Lionel Tsague a été rapidement convaincu qu’il pourrait faire carrière en construisant avec du bambou, qui pousse localement au Cameroun. Des espèces locales et d’autres qui ont été introduites sont visibles sur les bords des routes, les forêts et dans plusieurs plantations situées dans de nombreuses régions du pays, qui est toujours en train de développer son industrie naissante du bambou. « Le bambou que très peu de gens connaissent est en réalité l’instrument de demain, surtout pour un pays comme le Cameroun qui exporte du bois. Le bois prend 50 ans à se régénérer alors que le bambou se reproduit en 5 ans seulement. Donc, allons vers le bambou qui joue presque les mêmes fonctions que le bois sinon davantage », a déclaré, en mars denier,  Jules Doret Ndongo, ministre des Forêts et de la Faune du Cameroun, lorsqu’il a conduit, Ali Nchumo, le directeur général de l’Inbar, à Mboro, la place portuaire de Kribi, dans le Sud-Cameroun.

 

Le projet de thèse final de Lionel Tsague: une gare utilisant des chaumes en bambou naturel

Projet innovant de fin d’études

A la fin de ses études, le projet de thèse de Lionel Tsague consistait en la conception d’une gare utilisant des chaumes en bambou naturel. Malheureusement, son cours d’architecture couvrait principalement des matériaux traditionnels, et quand il a suggéré à ses professeurs de terminer son projet de conception final avec des dessins en bambou, on lui a d’abord dit que ce ne serait pas possible. « J’ai vraiment dû me battre. Dans ma formation architecturale traditionnelle, nous n’avons pas du tout parlé de bambou », a fait savoir le jeune architecte à INBAR. Finalement, Lionel Tsague a pu réaliser son projet de conception d’une gare et d’un espace public  avec le bambou comme matériel principal et a rédigé sa thèse sur les avantages environnementaux de l’utilisation du bambou dans la construction.

En effet, souvent qualifiée de « plante merveilleuse» aux vertus uniques, le Bambou, selon les agronomes, permet de lutter contre la dégradation des paysages ; pour les économistes, elle est un futur «or vert». Pour le design et l’architecture, elle est aussi un matériau de choix pour lequel il existe déjà un marché mondial.  D’après l’INBAR, le marché mondial du bambou représente aujourd’hui 60 milliards de dollars et est une source de revenus potentielle pour les communautés rurales.

C’est pendant qu’il était étudiant que Lionel Tsagué a découvert, pour la première fois, le travail d’INBAR, d’abord via des lectures en ligne, puis en assistant à un atelier à Yaoundé en 2017. L’atelier lui a ouvert les yeux sur le monde des personnes qui partagent sa passion et l’a poussé à travailler davantage. avec le bambou.

Lionel Tsagué est inscrit à l’université de San Martin de Porres au Pérou pour poursuivre ses études en biomatériaux et en apprendre davantage sur ce matériau polyvalent. Il espère ramener au Cameroun ce qu’il apprendra au Pérou et promouvoir l’utilisation de ce matériau durable auprès des décideurs, des concepteurs et du grand public.« Je sais que je peux faire ma carrière en utilisant ce matériel – mais plus que cela, je veux éduquer les autres sur son potentiel », a-t-il fait savoir à INBAR.

Actuellement, 21 pays africains sont membres de l’INBAR: le Bénin, le Togo, le Burundi, le Cameroun, l’Érythrée, l’Éthiopie, le Ghana, La République centrafricaine, le Liberia, le Kenya, le Malawi, Madagascar, le Mozambique, le Nigeria, la République du Congo (Brazzaville),le Rwanda, le Sénégal, la Sierra Leone, la Tanzanie, le Togo et l’Ouganda

 

 

Patrick Ndungidi
Journaliste et Storyteller
https://africanshapers.com

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