Japon : le titre de Doctor Honoris Causa décerné à Denis Mukwege à l’université de Ritsumeikan

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Le prestigieux titre honorifique lui a été remis le lundi 7 octobre par Yoshio Nakatan, le recteur de l’université Ritsumeikan, l’une des meilleures au Japon.

Le docteur Mukwege, lauréat du Prix Nobel de la Paix 2018, est le troisième Africain à avoir reçu un doctorat honoris causa de cette prestigieuse université japonaise, après Nelson Mandela et Boutros Boutros Galy, respectivement héros de la lutte contre l’Apartheid et ancien secrétaire général des Nations Unies. Le médecin directeur de l’hôpital de Panzi a été récompensé pour le grand travail qu’il abat au service de l’humanité, en prenant en charge les victimes de violences sexuelles.

Pour la remise de ce diplôme, l’université Ritsumeikan s’est associée à deux autres institutions de renommée internationale : l’université de Tokyo et l’université de Kyoto, vieille de plus de 120 ans. Cette dernière détient le mérite d’avoir formé une dizaine de Prix Nobel, deux lauréats de la médaille de Fields, deux Premiers ministres japonais et un ancien président taïwanais.

Après sa lecture magistrale, le docteur Mukwege s’est entretenu avec une quarantaine d’étudiants sélectionnés de 4 universités et de 16 nationalités. La discussion a été modérée par la vice-recteur de l’université de Ritsumeikan ainsi que par le professeur congolais Jean-Claude Maswana, enseignant à l’université de Ritsumeikan.

Visite à Hiroshima

Avant la cérémonie du 7 octobre, le docteur Denis Mukwege s’est rendu, le samedi 5 octobre, à Hiroshima pour rendre hommage aux victimes de la bombe atomique. Accompagné du maire de la ville, Kazumi Matsui, il a procédé au dépôt d’une gerbe de fleurs à la mémoire des plus de 140.000 victimes de la bombe atomique.

Il s’est ensuite rendu au musée du Mémorial de la paix,où il s’est notamment entretenu avec Sadae Kasaoka, une japonaise de 87 ans qui a survécu  à l’explosion atomique lorsqu’elle avait 12 ans. Cette dernière a déclaré que le monde serait détruit si un grand nombre d’armements nucléaires étaient utilisés.

Elle a dit espérer une vaste mobilisation pour l’élimination de ces armements, estimant qu’il ne suffisait pas d’en réduire la quantité. Le médecin congolais a promis de relayer son message à la communauté internationale.

Par la suite, Denis Mukwege a visité le musée, qui présente notamment un géorama du point d’impact et les effets personnels de victimes de la bombe. Dans le livre d’or mis à disposition des visiteurs, il a écrit un message en faveur de l’abolition des armes nucléaires.

Par la suite, le 6 octobre, le docteur Denis Mukwege a été accueilli par la société civile japonaise à Hiroshima. A cette occasion, le maire de la ville a décrété une minute de silence en mémoire des victimes des crimes en RDC, plus particulièrement celles liées au massacre de Lemera qui s’est déroulé il y 23 ans exactement, soit le 6 octobre 1996.

Le doctorat Honoris Causa reçu le 7 octobre au Japon renforce le nombre de prix décerné au docteur Mukwege sur le continent asiatique. Il a notamment reçu le Seoul Peace Prize en 2016.

Un modèle de prise en charge répliqué dans le monde

A ce jour, plus de 30 distinctions universitaires et Prix internationaux, dont le prestigieux Prix Sakharov en 2014 et le Prix Nobel de la Paix en 2018, ont été décernés au docteur Denis Mukwege durant les vingt années d’existence de l’hôpital général de référence de Panzi, qu’il a créé en 1999. A ce jour, cet hôpital a pris en charge plus de 90 000 femmes ayant des problèmes gynécologiques, parmi lesquelles des victimes de violences sexuelles et des femmes présentant des invalidités uro–gynécologiques telles que des fistules et des prolapsus génitaux.

A travers la Fondation Panzi, qu’il a créée en 2008, le professeur Denis Mukwege a mis en place un modèle de prise en charge reposant sur quatre principaux services : le One Stop Center, ou modèle holistique de Panzi, offre gratuitement une prise en charge médicale et psychosociale, une assistance juridique et judiciaire, ainsi qu’une aide vigoureuse à la réinsertion socioéconomique. Présentement, le modèle est en pleine réplication dans différentes régions affectées par les conflits à travers le monde, notamment en Afrique, en Amérique latine et en Asie.

Par ailleurs, Denis Mukwege mène également un travail de fond pour la réparation morale, sociale et matérielle des victimes de guerres. Ainsi, grâce à son plaidoyer, le conseil de sécurité des Nations Unies a voté la résolution 2467 qui consacre la création du Fonds mondial des survivantes et le renforcement de la lutte contre l’impunité, avec un accent particulier sur l’obligation des auteurs de viols à rendre des comptes devant des juridictions spécialisées. A ce sujet, le docteur Mukwege appelle d’ailleurs à la création d’un tribunal spécial pour la RDC.

Patrick Ndungidi
Journaliste et Storyteller
https://africanshapers.com

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