Égypte : l’architecte Shahira Fahmy,lauréate du Prix d’excellence Tamayouz 2019

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Le Prix d’excellence Tamayouz «  Femmes en architecture et construction » récompense les réalisations des femmes architectes du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord. Il est divisé en deux catégories: « Rising Star » et « Woman of Outstanding Achievement ». Les lauréats et les finalistes seront récompensés lors de la cérémonie annuelle de Tamayouz, qui se tiendra en Jordanie en décembre.

Shahira Fahmy a remporté le prix « Woman of Outstanding Achievement, Highly Commended ». Elle fait partie des trois femmes primées dans cette catégorie, avec les architectes saoudienne Dana AlAmri (Prix Rising Star) et turque Zeynep Celik (Woman of Outstanding Achievement).

« Shahira Fahmy est une architecte très talentueuse dont le travail est diversifié, authentique et clair. Ses créations sont issues des caractéristiques des matériaux utilisés et répondent aux contextes sociaux et naturels qui les entourent. Son travail montre une grande attention aux détails. Outre le design architectural, elle est spécialisée dans le design urbain et l’ameublement. Son mélange de passions, ainsi que sa méthodologie, informent sur son travail et créent des résultats finaux brillants et inspirants. En tant que modèle, elle diffuse une influence positive sur les jeunes générations par son travail et dans les salles de classe où elle enseigne », a déclaré le jury.

Née et élevée au Caire, Shahira Fahmy est ce que l’on peut qualifier de  » Wonder woman », un parfait exemple de femme travaillant pour réaliser tout ce que son cœur désire. Elle conçoit des bâtiments, a enseigné dans une université de la Ivy League (groupement de huit grandes universités privées du nord-est des États-Unis) et foule régulièrement le tapis rouge de Cannes. En effet, elle est à la fois architecte, urbaniste, chercheuse créative, professeur d’université et actrice.

Shahira Fahmy a étudié l’architecture à la faculté d’ingénierie de l’université du Caire, où elle a obtenu son diplôme en 1997. Elle a été Major de sa promorion Après ses études, elle a a travaillé pour Dar AI Handasah, une firme d’ingénierie de premier plan au Moyen-Orient. En 2002, Shahira Fahmy a terminé sa maîtrise en architecture. En 2005, elle a fondé Shahira Fahmy Architects, Cabinet d’architecture basé au Caire et qui se concentre sur les affaires et l’intelligence des villes en développement. La même année, elle a reçu le prix du jeune architecte de la bibliothèque d’Alexandrie. Son travail va de l’architecture à la conception de produits en passant par la planification et le masterplan. Elle a conçu et réalisé des projets en Egypte, au Moyen-Orient et en Europe.

Shahira Fahmy a déjà été saluée par la prestigieuse maison d’édition britannique Phaidon comme l’une des «architectes construisant l’avenir du monde arabe». Elle a développé plusieurs projets notamment le plan directeur de la station de ski Andermatt Swiss Alps, phase II et III; l’architecture de l’Allegria Resort, un projet de logement et d’habitation au Caire; et la restauration d’un hall d’art expérimental à New York. Elle a également été invitée par le par le prpgramme des Naions Unies pour l’environnement dans le cadre de « the Mask Architects Project », lancé à Habitat III, à Quito (2016), et à la COP22 à Marrakech (2016).

En plus de son travail, elle a étudié l’urbanisation rapide et la cartographie. Elle a été deux fois récipiendaire de la bourse de recherche postdoctorale de l’université Harvard pour son travail scientifique explorant les relations entre l’urbanisme, la gouvernance et le cyberespace. En outre, elle a enseigné à l’école supérieure d’architecture, de planification et de préservation de l’université Columbia; à l’université américaine du Caire; et à l’université du Caire. Elle travaille actuellement sur un projet de logement abordable au Royaume-Uni.

Parcours

Shahira Fahmy a commencé son cabinet en 1999 chez elle à la maison, alors qu’elle venait d’avoir sa fille et qu’elle avait peur d’arrêter de pratiquer l’architecture. Sa première mission était de construire le centre culturel Ahmed Bahaa Eldin à Assyuit, en Égypte. Le bâtiment se trouve dans un village isolé au sud du gouvernorat des Assyuit. Le bâtiment abrite une bibliothèque, un théâtre, un cinéma, un centre de danse, un laboratoire informatique et un atelier. Il organise également un concours annuel de littérature et d’autres formes d’écriture.

Ce projet était une collaboration avec Dar Al-Handasah, qui était membre du conseil d’administration de l’Association Ahmed Bahaa Eldin. Le centre culturel a été ouvert en 2013.

Lorsque la révolution et le printemps arabe ont commencé, Shahira Fahmy s’est tournée vers d’autres horizons. « Je me souviens de ma première tentative en février 2011, dans les 18 jours précédant la démission de Moubarak. Je lisais Architectural Record et je suis tombée sur une publicité pour un concours pour la dernière phase du plan directeur d’Andermatt en Suisse. Je sentais que je devais y aller et voir ce qui se passait – nous avions le temps et l’équipe. Quelques mois plus tard, nous avons été présélectionnés, choisis parmi 48 bureaux, et nous sommes passés à la deuxième phase du concours. En fin de compte, nous avons été finalistes à la troisième place. C’était un bon sentiment de savoir que nous étions capables d’élaborer un schéma directeur, en particulier dans un pays soumis à une réglementation aussi rigoureuse que la Suisse »,a fait savoir Shahira Fahmy lors d’une interview avec Tamayouz Excellence Awards.

L’année suivante, en 2012, le cabinet de Shahira Fahmy a été invité parmi 20 bureaux du Moyen-Orient à participer à un concours pour l’expansion de la Fondation Delfina à Westminster, en Angleterre. Shahira Fahmy remporté ce concours d’architecture en collaboration avec le studio britannique Octopi. La Fondation Defina a ouvert ses portes au public en janvier 2014.

Ensuite, entre 2014 et 2016, Shahira Fahmy travaillé sur la rénovation du Wooster Group Theatre à New York. C’est un théâtre expérimental réputé depuis 40 ans à Soho.

Depuis 2014, Shahira Fahmy est professeure adjointe à l’école supérieure d’architecture, de planification et de préservation de l’université de Columbia. Un an plus tard, elle a remporté la bourse Loeb à la Graduate School of Design de Harvard. Elle est également récipiendaire de la bourse Berkman du Berkman Center for Internet & Society 2016 à la Harvard Law School.

Shahira Fahmy est actuellement au Royaume-Uni et travaille sur des projets de logements abordables à Cornwall à Londres et en Égypte . Elle travaille également sur l’architecture d’une boulangerie à Londres et sur quelques installations et expositions qui se dérouleront cette année à Londres, en Europe et en Égypte.

Actrice

L’architecte s’est intéressée au métier d’actrice, à la suite d’un exposé de projet parvenu dans son bureau, car elle devait concevoir le décor pour un long métrage en 2011. Lire son premier scénario de film (elle avais besoin de le faire pour concevoir le décor) a suscité sa curiosité pour le métier d’actrice. « Le monde du cinéma m’a toujours intéressé – les structures narratives ont souvent été utilisées pour modeler et informer la production architecturale. L’architecture est une construction spatiale et le film capture une image. À mes yeux, l’architecture et le cinéma sont tous deux des «cadres que nous habitons», comme l’a dit Pascal Schonning. Dans les deux cas, il y a toujours un récit, un voyage entre le réel et la fiction », a déclaré Shahira Fahmy.

Cette dernière a rencontré le réalisateur sud-coréen Hong Sang-soo dans un café. C’est à ce moment-là qu’elle a saisi cette occasion pour lui parler de son succès en architecture et de ses aspirations à réaliser son rêve devenir actrice.

Par coïncidence, Sang-soo était en train de tourner son dernier film, « La caméra de Claire », et quelques heures plus tard, elle a reçu un appel lui demandant de venir sur le tournage. Un an plus tard, en 2017elle a fait ses débuts au Festival de Cannes. Et en 2018, elle a encore foulé le tapis rouge de Cannes dans le casting de la distribution de « Yomeddine » (Le jugement dernier) d’Abu Bakr Shawky, acclamé par la critique.

Patrick Ndungidi
Journaliste et Storyteller
https://africanshapers.com

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